Il se trouve que j’ai la chance, l’opportunité, le privilège ou le simple fait du hasard, de côtoyer le travail de Christine Valcke depuis une dizaine d’années. Et donc d’en observer, recevoir l’évolution, le cheminement, tant par des échanges furtifs que des expositions construites ensemble et le travail à l’atelier de lithographie.
Christine me fait penser tantôt à l’enfant qui court à perdre haleine vers l’horizon parce qu’il sait bien que la lumière nouvelle vient de là et que l’espace d’après est à découvrir absolument, tantôt au poète qui, quoi qu’il en coûte, ne lâchera pas l’affaire.
Des toiles qui nous invitaient par une confrontation quasi tectonique de grands à- plats à percevoir dans la force de l’interstice, de la lisière des mondes, de la faille, l’autre côté de la toile, ce qu’elle pressentait au-delà : il semble que Christine Valcke ait atteint ce fameux horizon et le traverse.
Voici donc le blanc comme partenaire, libre territoire de toutes les écritures, celui du papier, matériau qui répond probablement le mieux à son geste, parce qu’elle le connaît bien à force de le fréquenter, sait ce qu’il porte, ce qu’il est capable de recevoir et de donner.
Si la peinture de Christine Valcke nous invitait à ouvrir notre regard sur des espaces que nous ne soupçonnions pas, le travail d’aujourd’hui nous convoque à des instants exceptionnels où s’effleurent la fragilité et la force ; ce moment où il n’importe plus de savoir qui du nuage ou de la montagne révèle l’insaisissable.

19/10/2019
Pierre Robinault
lithographe, galeriste
Maison du Roy, Sigean

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Lunes de miel de Christine Valcke

Christine Valcke refuse les images admises et mièvres avec lesquelles le regard est déjà familiarisé. C’est pourquoi il faut apprendre à regarder ce qu’elle montre et qui nous échappe. Ramifiée en multiples lumières, l’encre sort de cœur de l’ombre afin de dégager des masques de la nuit.
Le noir s’inverse, domestique l’obscur car il est soudain dégrisé, étiré : des chemins s’y tissent. L’artiste est donc la réenchanteuse du monde et de l’être. Elle ose toujours des voyages dans le nocturne pour recréer des aubes aux astres mystérieux et bijectifs dans le jeu de l'obscur et de la clarté.
L’oeuvre reste toujours minimaliste, dépouillée mais agitée de mouvements sourds. Le corps est là – non directement bien sûr – mais par les gestes qu’il induit. Il n’est donc jamais parti, il n’est jamais loin. C’est un peu comme l’amour - de l’art évidemment. Aussi mental que physique, il reprend toute sa réalité en ses hymens.

28/06/2018
Jean-Paul Gavard-Perret
critique d'art
L'internaute, Salon littéraire

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Dans le refuge des heures

Christine Valcke est une artiste rare : chez elle l’ombre lève l’ancre par effet de noir. Dans « Une image du temps» l’artiste déplace le texte de Jacques Ancet bien au-delà de ses bases.Les lithographies éteignent les grandes veilleuses qui donneraient corps au paysage. Restent les fenêtres qui boudent le réel.Celui-ci est contraint à faire machine arrière au profit d’une vision d’envers. L’image venue de lieux mouillés d’outre-suie pour guetter le passage du temps avec une sévérité de pierre.
D’une faufilure sombre Christine Valcke festonne des carrefours, borde des nues, brigande quelques verticales, effiloche des pans. Trieuse des clartés, l’artiste au besoin écorche des ciels déchus. Elle les pend par des cheveux. Des trames voilent l’horizon, des lignes de labours célestes détrempent leurs plis dans des outres de brouillard quasi métaphysique. Ce n’est ni charmant, ni insolent mais profond, subtil et sans bravade en un caban de ténèbres.
La noirceur vient en pécheresse exténuée s’agenouiller dans le blanc. Des brides de chevaux invisibles se mettent en croix. Mais on ne peut parler de tristesse. Des steppes sombres de l’hiver surgissent des épingles noires. Elles font des grâces à la blancheur par quelques malices. Le temps où les amoureux emmêlés pataugeaient dans leurs linges éparpillés se termine. Mais l'éternité provisoire s'impose comme unique vérité. La monteuse de crépuscule y recompose son ode à la vie aux claires-voies de ses mains votives, philosophales, émotives.

23/03/2014
Jean-Paul Gavard-Perret
L'internaute,Salon littéraire
____________________________________________________________________Le rituel de la vie

Pour la toute entière beauté
ne risquerai quoi que ce soit
sinon pour un je ne sais quoi
que d’aventure on peut trouver
St-Jean de la Croix

Les rives de l’œuvre de Christine Valcke sont les rives du rituel de la vie. Sa peinture, ses lithographies, en forment les empreintes. Par des formes élémentaires, des traits dont la force sépare le courant des choses, des cercles comme autant de ronds sur la surface de la vie. Sa maison est la lumière. "Sa maison apaisée" acceuille la lumière comme un hôte cher, et la laisse repartir, reposée sur le chemin de ses toiles.

Et ses œuvres apportent la lumière à la surface. Peindre pour exister, peindre pour se transmettre et transmettre. Peindre pour révéler les traces invisibles. Témoigner de notre passage dans le monde qui passe en nous. Capturer au vol ces filaments d’éternité. S’appuyer contre l’épaule du temps. Ce temps lent qui va du stable au mouvant.

Il n’y a aucun visage perceptible, que des surfaces comme des paupières, et pourtant l’on se souvient de tous les visages en regardant ses Œuvres.

La mémoire se cache alors dans l’élémentaire, entre les rubans du vide, les entrelacs de la matière du papier. Dans la coulée des pinceaux sans retour en arrière possible, du hasard fécond des pierres à lithographie, des corps à corps des couleurs, du mariage des gris, du doux tombeau des noirs en repos se tissent des signaux et des signes. Mémoire plus loin que la mémoire, surgissements entre les instants.

Christine Valcke travaille le plus souvent sans esquisse, frémissante au hasard qui souffle d’où il veut, pourvu qu’il soit fidèle.

Ses tableaux, ses lithographies naissant de l’ouverture des pierres et de toutes les autres une à une, sont le signe d’un passage vers un monde conjoint où des forces élémentaires, presque cellulaires, fraternisent pour aboutir à la fluidité de la vie.

"Ouvrir la pierre" dit-on en lithographie, les papiers de Christine Valcke ouvrent l’écoulement intemporel des traces, de l’eau. Des pierres semblent posées comme bornes d’éternité aux quatre coins du monde. Elles respirent, elles attendent. Des écharpes de couleur couvrent de tendresse le vide. Des feuilles tombées d’arbres translucides passent sur la toile. Des lettres venues d’ailleurs nous apprennent l’alphabet du jadis et nous désapprennent celui des jours enchaînés. Des hiéroglyphes de traits font un nouvel abécédaire où se trouve le mot de passe pour franchir le seuil. Une douce végétation a recouvert les jours assis devant la porte. Traînées de bleu, poids de l’essentiel.

Christine Valcke semble avoir passé un pacte avec le fluide. Les tensions et les brisures se joignent au fleuve établi sur la toile. Sous les doigts des passages s’ouvrent.

Un cercle et des planètes tournent.

Un trait et le ruissellement du temps se divise. Christine Valcke n’a pas besoin de la figuration pour aller loin. Les forces primitives, presque cellulaires suffisent à recréer le monde ou le donner à voir.

Les desseins invisibles du dessin visible font la trame d’un autre monde sensible, tout près, là, on l’entend palpiter. Des profondeurs naissent les yeux ouverts des formes.

Que devenons-nous après avoir regardé une œuvre de Christine Valcke ? On reste muet comme la neige, puis on entrevoit ce cheminement brûlant de la démarche de vie appuyée sur le courage d’affronter le vide et le plein. Ce tutoiement du vide, du blanc terrible, inscrit la volonté, comme le besoin, de l’occuper pour faire place à l’irruption de la peinture. Le vide n’est pas inhabitable, comme la tristesse. Il devient l’auberge des apparitions.

Le regard du temps se transmue en cette mémoire visuelle. Le temps qui ouvre des brèches, le temps qui passe et qui s’attarde, et dans cette attente surgit l’œuvre. Elle se vêt de l’évidence. Elle est éblouie de tout l’étonnement au monde qui l’a fait peindre, coller, assembler..

Peu consentent à convier l’inaccompli dans leur travail, Christine Valcke en a fait un compagnon fidèle qui sait quand il est temps de clore sous peine de surcharges.
Une lenteur archaïque sourd des choses qui se sont posées en douceur sur le blanc. Une œuvre à voix basse. Les ronds sont des oiseaux qui traversent les yeux. Et ces yeux ne crient pas, ils nous invitent « dans la maison apaisée ».

Le passage est là, au fil au fil de l’eau lente il y a nous. Des troncs d’arbre d’ailleurs,

des messages secrets de la neige. Au fil de l’eau lente il y a la montagne en morceaux qui donnent ses traits et ses cercles et vient les regarder, étonnée de la ressemblance.

Au fil de l’eau lente, il y a la mer vidée par distraction.

Au fil de l’eau lente de l’œuvre de Christine Valcke il y a nous, il y a l’artiste qui nous fait hospitalité, il y a le passage. Une voix qui prend appui sur le fil renoué du temps. Une voix ourlée d’impatience mais que la sagesse de la pierre initie à l’attente.

Si on se penche l’on entend le ciel. La lenteur des pierres ouvre le temps du passage. Tout respire et attend. L’espace est prolongé.

« J’apprends à voir. Je ne sais pas à quoi cela tient, mais tout pénètre plus profondément en moi, sans s’arrêter à l’endroit où d’ordinaire tout s’achevait. J’ai un intérieur, que j’ignorais. Tout y entre désormais. Je ne sais pas ce qui s’y passe. » (Rilke, Cahiers de Malte)

Gil Pressnitzer
2007
espritsnomades.net
____________________________________________________________________La peinture de Christine Valcke est un haïku, un "ravissement soudain dans l’imprévisible" ; elle contient la puissance aérienne de l’élan vital. Une peinture qui révèle sans discourir et c’est dans son dépouillement qu’elle trouve son amplitude.
Une création dans la fraîcheur, dans l’effleurement, le ténu, le presque rien. Des peintures qui n’imposent rien, qui font chanter les choses : un hommage au moment présent.
Nicole Frétigny
2008
Galerie Fusion
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La matière a le don de transposer l'imagination de l'artiste. L'oeil, la sensibilité de celui qui regarde, révèlera peut-être une autre réalité pour un voyage intérieur aux limites de l'insondable, à l'extrême bord de la fragilité.
Christine Valcke, dans ses travaux, invite à la rencontre poétique du fragile et du rêvé, comme si l'art était une métaphore de la condition humaine.
La "chose" détournée, impliquée à l'esprit, prend alors une nouvelle identité, légère, féminine, signe pour un itinéraire mental aux confins de la beauté et du secret. La mer du Nord se mêle au ciel minéral, un oiseau de passage crie sa joie aux rives du monde.
Jean-Marc Tilcke
galerie la Maison du Chevalier
opus 1923
2004